Le 3 novembre, un million d’électeurs du Maine, l’un des plus petits États américains, auront le choix sans l’embarras : plutôt que voter pour un seul candidat à la Maison-Blanche, ils pourront, pour la première fois, en retenir plusieurs par ordre de préférence. Voter, par exemple, pour l’écologiste Howie Hawkins, puis pour Joe Biden en deuxième choix ; ou bien pour la libertarienne Jo Jorgensen, puis pour le candidat du Parti de la réforme Rocky De La Fuente en second choix et pour Donald Trump en troisième choix. Là où les autres États américains se prononcent à la majorité relative, dans le Maine, si aucun candidat n’obtient la majorité absolue des « premiers choix », les voix des candidats arrivés les derniers seront progressivement transférées au second ou au troisième choix correspondant jusqu’à ce qu’un candidat dépasse 50 %. Cette procédure, connue sous le nom de « vote alternatif », tente de répondre à une interrogation électorale sur laquelle ont planché de nombreux mathématiciens et philosophes, comme le Français Nicolas Condorcet (1743-1794) : qu’est-ce qu’un résultat « juste », et comment y aboutir ?

Déjà testé dans le Maine lors des élections de mi-mandat de 2018, ce dispositif de « vote alternatif » avait permis à un candidat démocrate, pourtant arrivé juste derrière le républicain dans les premiers choix (45,6 % contre 46,3 %) de remporter un siège à la Chambre des représentants avec un peu plus de 50,6 % des voix, au grand dam du gouverneur républicain de l’État, qui avait jugé l’élection « volée ». Un scénario à rebondissement qui pourrait se répéter cette année et valoir à Joe Biden un grand électeur supplémentaire, potentiellement décisif si lui et Trump sont au coude à coude au sein du collège électoral.

Aucun système électoral n’est neutre : ils façonnent l’offre électorale et les résultats, et n’aboutissent pas forcément à la victoire du candidat le plus populaire ou consensuel. En 2000, il avait ainsi manqué moins de 600 voix en Floride au vice-président démocrate Al Gore pour être élu président plutôt que George W. Bush, alors que le candidat écologiste Ralph Nader en avait recueilli près de 100 000, qui penchaient probablement plus pour Gore que pour Bush. En 2002, Lionel Jospin avait échoué à se qualifier pour le second tour de la présidentielle face à Jacques Chirac alors que plusieurs sondages l’avaient donné vainqueur face à lui et qu’il aurait certainement lui aussi battu en duel le second qualifié, Jean-Marie Le Pen.

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